Le programme IMPULSION, réunis 14 chorégraphes  dans l’objectif commun de développer des créations chorégraphiques à impact social. Toute l’équipe de La Fabrique de la Danse est mobilisée pour concrétiser ce projet ambitieux.

Emmanuelle Stäuble, collaboratrice de longue date, capture avec délicatesse et poésie les envols dansés du programme IMPULSION depuis ses débuts. Dans cet article, elle partage sa vision du projet et d’expliquer comment l’éducation par la danse s’intègre dans une démarche sociétale.

Qui est Emmanuelle Stäuble ?

Après une formation en art pictural et en théâtre, Emmanuelle  se spécialise dans les métiers de la lumière et de la régie et devient sculptrice de lumière pour de nombreux chorégraphes  tel que Dominique Marcille, Emmanuel Accard, Ea Sola, Christine Bastin, Xavier Lot, Pedro Pauwels et Béatrice Massin.

Lors d’un voyage en Norvège, elle prend le temps de redécouvrir la lumière naturelle et choisit “de ne plus fabriquer la lumière mais bien de la débusquer”. Le sujet du temps s’affirme comme un thème récurrent dans son œuvre. En effet, il est devenu pratique courante de parcourir rapidement les photos ; c’est la raison pour laquelle Emmanuelle essaie d’inciter les gens à s’arrêter et à les contempler. Elle souhaite donner envie de se poser, de revenir sur les photos, de les analyser, et de prendre le temps d’entrer dans la sensation de la photo.

Quels sont les enjeux du programme IMPULSION ?

Après avoir photographié les différents événements d’IMPULSION, le souhait est né d’en savoir plus sur le point de vue sur le programme. Ayant une connaissance approfondie du milieu chorégraphique, Emmanuelle constate qu’il est aujourd’hui beaucoup plus compliqué pour les compagnies de s’établir. IMPULSION œuvre pour l’émergence et l’implantation des chorégraphes et ça lui tient à cœur.

“Il y a une niaque de faire, de s’exprimer chez les artistes émergents que je trouve admirable et que j’ai envie d’accompagner et de soutenir. Le programme IMPULSION promeut la capacité de sortir la danse de son côté élitiste, de la désacraliser dans un but de partage, de montrer les créations dans des lieux atypiques et accessibles. On danse n’importe où et n’importe quand.  Il suffit de regarder, on n’a plus besoin de parler. C’est une belle école pour pouvoir danser hors les murs des théâtres et accéder à une proximité des publics, il y a un aspect plus populaire et ça, ça me plait.”

En plus des créations pour leurs propres compagnies, les chorégraphes du programme IMPULSION ! développent des projets chorégraphiques permettant l’inclusion sociale; cela est d’ailleurs l’un des piliers du programme.

Emmanuelle Stäuble / Timothée Bouloy

Emmanuelle Stäuble / Cécile Lassonde

Quelles valeurs sont promues par le programme IMPULSION ?

Lors de nombreux ateliers, les bénéficiaires sont amenés à connaître les différents moments de création: l’échauffement, les explorations, la répétition et la restitution. A travers ces étapes, se crée un partage. Emmanuelle observe:

Les chorégraphes transmettent des valeurs fortes de vivre ensemble : la conscience de son propre corps, respecter la place de chacun, se déplacer ensemble, aimer son corps et ses capacités, être capable d’un contact ou un toucher juste, être à l’écoute, créer et s’amuser ensemble à travers le geste poétique, dynamique, expressif…Une éducation au respect de soi et de l’autre, dans son potentiel créatif.

Emmanuelle Stäuble

Quand j’interviens à l’école, les gamins sont réactifs et intéressés, ça démystifie la danse et la rend disponible. C’est hyper agréable. À travers la danse contemporaine, ils intègrent la notion du mouvement avec zéro complexe, dans la joie et le plaisir…le travail sur les années dans cette école se voit et c’est un régal de les photographier.

Emmanuelle a également suivi d’autres ateliers auprès de primo-arrivants, des jeunes originaires de pays confrontés à des situations politiques complexes, comme le Tibet, l’Afghanistan et l’Ukraine, sans langue commune. La danse vient aider à la compréhension de l’autre et renforce la sensation d’appartenance, même pour ceux qui ne maîtrisent pas encore parfaitement le français.

Emmanuelle Stäuble/ L’école Normale Sociale (ENS)

Emmanuelle a pû immortaliser les restitutions réalisées aux côtés des bénéficiaires de l’association Valentin Haüy et de l’IDES. Ces derniers ont en commun une déficience visuelle, partielle ou totale. L’accompagnement vers le mouvement dansé a aussi été doublé par du soufflage; apprendre, en tant que spectateur·ice de la danse, à transmettre les émotions à travers les mots soufflés.

Le point culminant a été la création collective “Lumière invisible”, réunissant, 34 élèves de l’école élémentaire des Amandiers, 84 collégiens du collège Gambetta, 6 résidants de l’association Valentin Haüy et 7 enfants de l’iDES

Emmanuelle Stäuble/ Lumière Invisible

En quoi le programme IMPULSION a-t-il évolué depuis sa création en 2021 ?

Depuis 2021, le programme ne cesse de se développer :  le collectif a pu attirer de nouveaux chorégraphes et partenaires et semble réellement correspondre à un besoin des institutions. Comment est-ce que cela optimise le processus créatif?

Les fondamentaux restent constants dans la qualité et la mise en forme. La Fabrique de la Danse a toujours la volonté de promouvoir la circulation des publics et de créer une émulsion globale sur la possibilité de voir et de faire ensemble. Il y a un vrai suivi, une éducation en mouvement, notamment auprès des écoliers du 20ème arrondissement et de l’École Élémentaire Amandiers en particulier.

Comment est-ce que la danse intervient dans l’éducation ?

IMPULSION se dirige en grande partie vers des enfants et des jeunes adultes. La danse, étant avant tout un art de l’espace et de l’être ensemble, elle semble être un outil idéal pour construire du lien:

L’art chorégraphique mène à la prise de conscience individuelle: Qui suis-je par rapport aux autres ? Comment puis-je respecter le groupe, tout en restant moi-même, m’épanouir et être reconnu dans ma singularité ? Cela fait du bien d’oublier le discours de sentir et de savourer. L’image devient un gustatif visuel. Les chorégraphes aident à déplacer et poser notre regard sur le monde, ils remettent la danse dans le quotidien, à proximité des publics.

Emmanuelle retrouve à chaque fois la joie de montrer quelque chose dont on est fière, de partager le plaisir de faire. A travers son objectif, elle capte la joie, l’amusement et la réflexion.

Emmanuelle Stäuble/ Elizabeth Gahl

Un article de Michaela Meschke, chorégraphe du collectif IMPULSION !

Finalement, le plus important sur scène, c’est le plaisir, le plaisir, et le plaisir!
Michaela Meschke