Au quotidien, vous cherchez des résidences, vous remplissez des appels à projets, vous imaginez votre prochaine création… Cette routine, c’est celle des quelques 3000 chorégraphes en France. Un métier à part entière. Sans le chorégraphe, l’écrivain du mouvement, il n’y aurait pas de chorégraphies, pas de ballets, pas de performances. Convaincue que le geste chorégraphique est créateur de valeurs, La Fabrique de la Danse aide chaque jour les chorégraphes à vivre de leur art et imagine des solutions pour les épauler dans leur travail de création. L’équipe accompagne de nombreux.ses chorégraphes aux esthétiques variées dans le lancement ou la poursuite de leur carrière, grâce à  une large offre de formations.

métier de chorégraphe

Photographe : Romain Sanchez / Artiste : Marie Simon

C’est donc tout naturellement que nous avons souhaité dédier un dossier d’articles à la profession, en vous proposant des focus sur différents thèmes qui concernent le métier de chorégraphe encore trop peu connu. En quoi consiste le métier selon la chorégraphe et directrice artistique de La Fabrique de la Danse Christine Bastin ? Comment est-il rémunéré ou encore quelles seraient les compétences requises … ? Tous ces sujets seront abordés en mêlant à la fois regards et données pratiques pour mieux se repérer sur ce qui fait le propre de ce métier. L’esprit de ce dossier d’articles sera donc un mélange de points de vue subjectifs assumés, et d’éclairages historiques, économiques, parfois même juridiques sur la profession.

Mais avant toute chose, commençons par une brève histoire du métier de chorégraphe pour introduire notre dossier.

Quand le mot « chorégraphe » est-il apparu pour la première fois dans l’Histoire ?

Comme le dit Hélène Marquié dans son édifiant article « Du notateur à l’auteur : être chorégraphe au XIXe siècle« , le mot chorégraphe trouve au XIXe siècle son sens contemporain de « créateur d’oeuvres ayant la danse pour principal langage ». Néanmoins dès le XVIe siècle, des termes dérivés de « chorégraphes » et « chorégraphies » apparaissent, avec des significations différentes que nous leur connaissons aujourd’hui. Par cette interprétation, en 1588, paraît notamment l’Orchésographie de Jehan Tabourot, dit Thoinot Arbeau, chanoine de Langres. Ce dernier élabore dans cet ouvrage un système qui s’inspire de l’alphabet et de la métrique poétique et qui sert à décrire les danses en accompagnant les descriptions de notations musicales. A cette époque, le chorégraphe est donc plutôt un notateur qui permet de décrire, par écrit, la danse.

Il en est de même au XVIIe siècle, siècle où comme l’indique la Grande encyclopédie Larousse Ed. 1971-1976 , « les ouvrages sur la danse et les ballets foisonnent : les auteurs décrivent, conseillent, donnent des recettes (Cesare Negri, Le Gratie d’amore, 1602 ; François de Lauze, Apologie de la danse et la parfaite méthode de l’enseigner, 1623 ; Saint-Hubert, la Manière de composer et de faire réussir les ballets, 1641). Maîtres à danser français et italiens apprennent, transmettent, inventent des danses et des ballets. L’épanouissement du ballet à l’époque de Louis XIV amènera certains compositeurs de ballet (chorégraphes au sens moderne) à rechercher un mode de transmission écrit d’une structure chorégraphique. Cependant nous constatons là encore, et ce, jusqu’à la deuxième moitié du  XVIIIe siècle, le terme chorégraphe n’a pas encore son sens moderne. Ainsi J.G. Noverre écrit en 1760, dans sa 13ème Lettre sur la danse et les ballets, que « La chorégraphie [dont vous voulez que je vous entretienne] est l’art d’écrire la danse à l’aide de différents signes, comme on écrit la musique à l’aide de figures ou de caractères désignés par la dénomination des notes ». Par extension, si la chorégraphie est l’écriture de la danse,  le chorégraphe est à cette époque celui qui écrit ou transcrit les ballets.

A cette époque, ce statut ne confère donc pas de reconnaissance symbolique du droit d’auteur, au chorégraphe. Comme l’indique Hélène Marquié, il faut attendre « la seconde moitié du XIXe siècle pour que la jurisprudence établisse la possibilité de percevoir un droit d’auteur pour la création d’un mouvement original. Le premier jugement retrouvé date du 11 juillet 1862 ; le Tribunal Civil de la Seine condamna Madame Petipa pour avoir, malgré l’interdiction de Jules Perrot, dansé un pas que le chorégraphe avait créé à Saint-Pétersbourg ». Ainsi depuis cette fin du XIXe siècle, les chorégraphes peuvent désormais déposer leurs œuvres à la SACD. Parmi ces premiers chorégraphes-auteurs, Hélène Marquié rappelle à juste titre qu’il n’y avait pas que des hommes, même si les femmes restaient très minoritaires dans la profession. Même si l’Histoire de la Danse ne les a malheureusement pas toutes retenues, Françoise Prévost (1681-1741) était l’une de ces chorégraphes pionnières, toute comme Marie Sallé (1707-1756), Fanny Cerrito (1817-1909) ou encore Marie Taglioni (1804-1884) [NDLR : retrouvez notre article sur les 6 femmes chorégraphes que vous ne connaissez peut-être pas ici !]

Au XXe siècle, l’Histoire de la reconnaissance du métier de chorégraphe comme véritable artiste-auteur, et plus seulement comme notateur, s’est bien sûr poursuivie. Comme l’indique l’encyclopédie Larousse, « Le chorégraphe, technicien de l’écriture de la danse, est donc devenu un notateur, alors que le compositeur de ballet conserve, lui, le titre de chorégraphe. Serge Lifar a suggéré à plusieurs reprises le terme correspondant de « choréauteur », que peu de contemporains emploient ». Quoi qu’il en soit, il faut retenir que malgré les tribulations de l’Histoire, le sens moderne que nous connaissons du métier de chorégraphe est hérité de la fin du XIXe siècle. Le dictionnaire de la langue française d’Émile Littré  (1872-1877) donnait la définition suivante du métier de chorégraphe : « compositeur de ballets, de pas de danse. » Aujourd’hui, on peut lire sur le site de la Cpnef : sv (Commission paritaire nationale emploi formation spectacle vivant) que le.la chorégraphe est défini.e comme suit : « Le·la chorégraphe est un·e artiste qui met en forme en un langage chorégraphique une œuvre de l’esprit. Il·elle prépare, dirige et coordonne, directement ou indirectement, le travail de l’équipe qui concourt à l’élaboration et à la présentation d’un spectacle ».

Après ce bref tour d’horizon historique du métier de chorégraphe, le prochain article de notre dossier consacré aux chorégraphes laissera la parole à Christine Bastin, qui nous exposera son point du vue sur une vaste question : en quoi consiste exactement le métier de chorégraphe ?

Le chorégraphe fait face à beaucoup d’interrogations au cours de sa carrière. La Fabrique de la Danse a conçu pour vous, un ensemble de formations pour vous accompagner au travers de cette aventure qu’est le métier de chorégraphe. Afin de répondre à vos besoins quotidiens, nous proposons des formations aux formats variés, comme « Financer son projet artistique », « Structurer son projet de compagnie » ou encore « Recherche et création chorégraphique ».

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