“A cette mémoire de la danse…”

Retour sur notre table-ronde sur la transmission de la danse, par Cassandre Ménage. 

C’est au CENTQUATRE-PARIS, à l’occasion du festival Séquence Danse, que La Fabrique de la Danse a tenu une table-ronde à l’occasion de la sortie de son outil DanceNote. Une réflexion ouverte sur les moyens existants de transmission de la danse, leur complémentarité, et plus généralement sur l’enjeu qui en découle, menée par la journaliste Rosita Boisseau, et discutée par :

  • Laurent Barré, responsable du service Recherche et Répertoire chorégraphiques au CN D, en charge du programme Danse en amateur et répertoire
  • Christine Bastin, chorégraphe et directrice artistique de la Fabrique de la Danse, à l’initiative de DanceNote
  • Olivier Chervin, formateur à l’utilisation de Numeridanse.tv
  • Priscilla Danton, ancienne danseuse de Dominique Bagouet et professeur au CRR de Paris
  • Fabien Monrose, diplômé de notation du mouvement Benesh au CNSMDP
  • Jeanne Revel, dramaturge et traductrice, à l’initiative du collectif W et de l’outil Organon

Dans une ambiance conviviale et dans un état d’esprit ouvert à l’échange, spectateurs et intervenants se sont installés et ont assisté, en introduction de la table-ronde, à une reprise de Femmes. Cet extrait de Gueule de Loup chorégraphié par Christine Bastin était un bel exemple de l’enjeu de la transmission avec notamment, la présence d’une des danseuses originelles du tableau, créé il y a 25 ans. Depuis 1992, Femmes a été transmis à des dizaines d’amateurs et professionnels depuis 2011.

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Photo : Emmanuelle Stäuble

Photos, films, dessins, témoignages, de vive voix lors de répétitions ou par l’intermédiaire des danseurs de la compagnie… Il y a beaucoup de façons de transmettre la danse, comme nous l’explique Rosita Boisseau. L’accès aux oeuvres est plus facile par le grand public grâce à la technologie mais les ressources des compagnies restent alloués en priorité aux créations du moment plutôt qu’à l’investissement sur l’avenir, qui pourrait se traduire par l’embauche d’un notateur.

Christine Bastin parle de transmission comme instinct, pour elle c’est avant tout “l’envie de laisser vivre quelque chose que l’on ne veut pas voir mourir”. Après une brève présentation de Femmes, elle mentionne que “c’est comme si le temps ne passait pas” lorsqu’elle transmet son répertoire avec les danseurs d’aujourd’hui, comme elle l’a fait avec ceux d’hier. C’est ainsi qu’elle évoque DanceNote, la plateforme collaborative de La Fabrique de la Danse, l’outil vidéo pour la danse conçu pour faciliter le travail des chorégraphes. Grâce à la centralisation des documents relatifs aux projets et la facilité d’utilisation de la plateforme, DanceNote permet au chorégraphe de dépasser les contraintes de temps et de distance avec son équipe artistique.

Christine Bastin et Rosita Boisseau – Photo : Emmanuelle Stäuble

Jeanne Revel, elle, s’intéresse de près au rapport entre paroles et gestes. Beaucoup considèrent que la “partition” de théâtre est le texte, mais aucun système de notation n’existe vraiment dans cette discipline. Le logiciel Organon, en cours de développement par le collectif W, a été pensé avant tout comme un outil de notation plutôt que de transmission : « Ce qui nous intéresse n’est pas de reproduire à l’identique une pièce, mais de formaliser à l’aide d’un système notationnel une performance qui peut être réinterprétée par quelqu’un d’autre, mais sans souci a priori d’identité de la performance ».

Ensuite, Fabien Monrose explique le processus du notateur : il est généralement en collaboration avec le chorégraphe pendant la création ou la reprise, mais il devient lui même interprète de l’oeuvre chorégraphique par les mouvements sur lesquels il met l’accent, en plus de ceux indiqués par le chorégraphe. Malheureusement, les seuls à pouvoir avoir un notateur sont des chorégraphes qui reçoivent des financements spécifiques, dont ceux du CN D.

Fabien Monrose, Laurent Barré et Priscilla Danton – Photo : Emmanuelle Stäuble

Les moyens financiers et la question de transmission également évoqués par Laurent Barré, en charge du programme Danse en amateur et répertoire du CN D. Le dispositif a été développé par le Ministère de la Culture pour la démocratisation du répertoire. Le CN D délivre des aides financières à environ 15 groupes par an pour un travail de transmission par le chorégraphe ou un de ses danseurs.

La démocratisation du répertoire est aussi le mot d’ordre de la plateforme Numeridanse.tv, première vidéothèque internationale de danse en ligne, présentée par Olivier Chervin. Cette plateforme recense les interprétations de répertoires et non leur notation. Elle est accessible à tous, gratuite et répertorie majoritairement des extraits et non pas l’oeuvre intégrale. Elle protège l’artiste et son travail en lui garantissant les droits sur les images.

Olivier Chervin et Jeanne Revel – Photo : Emmanuelle Stäuble

Après avoir été suspendu aux paroles d’Olivier Chervin, le public a eu la chance d’écouter le témoignage de Priscilla Danton. Elle raconte que Dominique Bagouet est mort soudainement alors qu’elle était danseuse dans sa compagnie et la question de la transmission s’est incontestablement posée. De cet enjeu est né FANAdanse (Fonds d’archives numériques audiovisuelles en danse contemporaine). Le site recueille les archives, notes, vidéos, notes d’intention, lieu de création, noms des interprètes, etc., et est destiné aux chercheurs en danse.

Rosita Boisseau soulève alors la question fondamentale des reconstructions d’oeuvres chorégraphiques, qui ne ressemblent parfois plus à l’oeuvre de départ. Christine Bastin souhaite que l’écriture de la création de départ soit respectée ; de même Priscilla Danton, dans son travail de répertoire, fait retraverser le processus de création à ses élèves. Fabien Monrose souligne la nécessité de préciser le contexte : « Est-ce la pièce, une re-création, une réinterprétation ? »

Après une question du public (“Est-ce que la transmission du répertoire conduit les amateurs à aller voir des spectacles de danse ?”), Priscilla Danton note qu’au CRR de Paris, le corps professoral avait remarqué un manque de culture des oeuvres chorégraphiques de la part des élèves. Un travail a donc été fait sur ce sujet, découlant sur la mise en place de 32 sorties par an.

Le public, vivement intéressé et curieux, a ensuite échangé avec les intervenants durant une session de questions-réponses prolongée par une discussion conviviale.

Introduction dansée… « Femmes » de Christine Bastin – Photo : Emmanuelle Stäuble

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En savoir plus :
Dancenote.fr
Collectif W et outil Organon
Danse en amateur et répertoire au CN D
Numeridanse.tv
– FANAdanse

Par | 2017-04-07T19:40:52+00:00 mercredi, avril 5, 2017|Evénements|Commentaires fermés sur “A cette mémoire de la danse…”