
Diffuser ou développer un projet à l’international ne s’improvise pas. Cela demande une préparation rigoureuse et une ingénierie spécifique, où les enjeux techniques occupent une place centrale. Logistique, transport des équipes et des décors, règles de sécurité propres à chaque pays, politiques de diffusion, différences linguistiques, usages contractuels ou lecture des fiches techniques : autant de paramètres à anticiper pour éviter que les contraintes ne prennent le pas sur l’artistique.
Régisseuse générale depuis 1991, Emmanuelle Stauble accompagne depuis plus de trente ans des tournées internationales sur plusieurs continents, avec le Junior Ballet du CNSMDP et de nombreuses compagnies. Dans cet article, elle partage une première check-list des essentiels à maîtriser sur le plan technique pour aborder une tournée internationale avec méthode.
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Maîtriser les bases du vocabulaire technique en anglais
Que ce soit pour désigner les métiers, comprendre une fiche technique ou échanger avec les équipes locales, la maîtrise des termes techniques en anglais est indispensable — y compris lorsque la destination n’est pas anglophone. Elle permet d’identifier les bons interlocuteurs, de formuler clairement ses besoins et d’éviter les malentendus.
Attention aux faux amis : un stage manager n’a pas le même rôle qu’un régisseur général en France. Là où le premier cumule souvent des responsabilités techniques et de production, le second est avant tout un technicien dans le contexte français.
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Connaître les usages professionnels du pays d’accueil
Chaque pays possède ses propres règles en matière de sécurité, de droit du travail, de syndicats ou de contrats. Sans viser une connaissance exhaustive, il est essentiel d’en identifier les grandes spécificités afin d’éviter toute mauvaise surprise.
Quelques exemples : au Royaume-Uni, un certificat non-feu est exigé pour l’ensemble des décors, accessoires et costumes ; au Japon, la fiche technique fait partie intégrante du contrat et doit détailler précisément tous les éléments souhaités au plateau, jusque dans les moindres détails (une bouteille d’eau par exemple) ; aux États-Unis, les syndicats jouent un rôle structurant dans la production des spectacles et doivent être intégrés très en amont à la réflexion.
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Anticiper le transport du matériel et les obligations douanières
Hors Union européenne, le transport du matériel implique des démarches spécifiques, notamment la déclaration en douane via un carnet ATA (Admission Temporaire). Ce document permet d’exporter temporairement du matériel sans acquitter de droits et taxes, dans les pays signataires des conventions de Bruxelles (1961) et d’Istanbul (1990).
Il est également important de prendre en compte les contraintes logistiques : le matériel ne voyage pas toujours avec l’équipe artistique. Une partie peut partir en fret, avec des délais d’acheminement et de récupération à intégrer dans le calendrier de tournée.